
Neïla Czermak Ichti & Baya, « Rien ne me manque », 2024. Vue de l’exposition « La Fleur et la Force », 1re Contemporaine de Nîmes « Une nouvelle jeunesse », 5 avril – 23 juin 2024. Photo © Jean-Christophe Lett. Courtesy Galerie Anne Barrault, Paris. © Adagp, Paris, 2026
Emprunté au groupe de deathgrind metal Brujeria, le titre « Raza Odiada nunca muere » [Race haïe ne meurt jamais] donne le ton de la première exposition personnelle de Neïla Czermak Ichti dans une grande institution culturelle publique.
Hautement intime et autofictionnel, le récit que recomposent les dessins, fresque, animatroniques et sculptures façonnés par l’artiste chemine le long des branches de son propre arbre généalogique. Il y fait éclore les figures tutélaires et les noms maudits, les visages chéris et les maisons perdues, les valeurs transmises et les secrets hérités.
Il y fait bourgeonner des villes et des pays, des origines et des survivances, des successions et des transmissions. Il y égrène des aspirations de mieux et des fautes d’orthographe dans les noms de famille, des portraits dessinés et des pierres tombales sérigraphiées, des matraques ridiculisées et des pieds-de-nez détourés, des téléphones agités et des zéro pointés…
Entre le journal intime et le cahier raturé, l’artiste trame un conte où se repense la mémoire. À quoi tient la postérité ? Comment naissent la honte et la fierté ? Faut-il se souvenir de tout ? Quelles sont les vies qui méritent un hommage ?
Avec son père, le peintre Polô Czermak, ainsi que les vivants et les fantômes qui les entourent, l’artiste compose une épopée aussi intime que collective qui déborde sur les murs et des pupitres d’écoliers. L’espace d’exposition est transformé en salle de classe hantée, où les leçons s’apprennent au fil des épreuves endurées par celles et ceux qui l’ont précédée.
À l’heure où l’on chasse les enfants à la carabine, dans les histoires qu’on croyait effacées, les races haïes ne meurent jamais.
Curatrice : Horya Makhlouf
