
Depuis la fin des années 2010, l’artiste, musicien, cinéaste et styliste Baloji développe une œuvre cinématographique à la croisée du clip, du court métrage, de la performance et des arts visuels. Projeté en continu dans la salle 37, ce programme de projections réunit six films dont les expérimentations formelles et narratives déploient les motifs récurrents de son travail : le corps comme lieu de mémoire, le rituel, les croyances, les blessures familiales et le refus des assignations sociales.
Tournés dans les rues de Kinshasa, Le jour d’après (2010) et Karibu ya bintu (2010) composent des portraits vibrants de la capitale congolaise, entre regard politique et apparitions fantastiques. Avec Kaniama Show (2018), Baloji détourne les codes d’une émission de variétés congolaise pour composer une satire politique des rapports entre pouvoir et médias. Peau de Chagrin / Bleu de Nuit (2018), conçu à partir d’une chanson de son album 137 Avenue Kaniama, déploie une rencontre amoureuse sous la forme d’une œuvre hybride, à la fois musicale, cinématographique et chorégraphique où chaque image fonctionne comme un tableau. Zombies (2018), nous plonge dans un Kinshasa halluciné où salons de coiffure, clubs futuristes, parades et paysages urbains deviennent les scènes d’un western moderne interrogeant notre rapport presque charnel aux téléphones. Associant poésie, danse et costumes Never Look at the Sun (2019) aborde le colorisme et les pratiques d’éclaircissement de la peau, non pas comme un geste esthétique, mais comme le symptôme d’une histoire plus profonde : celle des normes de beauté héritées, des hiérarchies de couleur et des violences symboliques liées au regard porté sur les corps noirs.
Couleurs saturées, costumes élaborés, chorégraphies, compositions frontales et goût du récit fragmenté, ces œuvres partagent un langage visuel immédiatement reconnaissable. Elles constituent le laboratoire formel et politique d’un artiste pour qui musique, cinéma, poésie et stylisme dialoguent et s’enrichissent mutuellement.
Avec Symbiosis, le Palais de Tokyo poursuit aujourd’hui sa collaboration avec des artistes performeur·euses et réaffirme sa volonté de pérenniser ces relations sur le temps long, dans une logique inspirée de la permaculture institutionnelle qui guide le projet de l’établissement.
Les artistes invité·es sur une année dans le cadre de ce nouveau format pourront ainsi déployer leur travail pour faire corps avec les espaces du bâtiment et sa programmation à travers des modalités variées de rencontres avec le public, des interventions discrètes et intimes aux gestes plus spectaculaires.
Laboratoire sonore, la salle 37 devient 37db, lorsque le Palais de Tokyo confie ce territoire ovale à des artistes, muscien·nes, compositeur·ices. pour explorer l’exposition à travers l’expérience acoustique. Ces invitations qui dépassent le champ de l’art contemporain pour en élargir les frontières et les décibels.

